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Ni Dieu·e, ni maitre·sse

Ni Dieu·e, ni maitre·sse

En mai dernier, le ministre français de l’Éducation nationale bannissait formellement des écoles l’une des composantes de l’écriture inclusive, le point médian. Cette interdiction survient après de longues années de débats houleux opposant les disciples d’une langue « pure » aux progressistes militant pour des tournures plus respectueuses des personnes.

D’un côté, nous avons l’Académie française, toujours dans la retenue et l’ouverture d’esprit, qui qualifie en 2017 l’écriture inclusive de « péril mortel ». Ce petit groupe – majoritairement masculin, bien sûr, et qui ne compte pas de linguiste dans ses rangs, rappelons-le – explique alors redouter « une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. »

Au Canada, nous avons également notre lot de chroniqueurs et libres-penseurs autoproclamés (pas besoin d’écriture inclusive ici, il n’y a que des hommes) pour craindre une perte de « lisibilité de la langue française. » Comme s’ils s’étaient déjà un jour souciés de rendre leurs textes accessibles au plus grand nombre.

De l’autre côté, en France, nous avons 314 membres du corps professoral qui signent une tribune contre l’apprentissage de la règle grammaticale du masculin qui l’emporte sur le féminin. Ou encore Valérie Plante, la maire de Montréal, qui annonce vouloir faire adopter un mode de communication épicène au sein de son administration. Et le travail mené par l’Office québécois de la langue française depuis la fin des années 70.

Bref. En France comme au Canada, l’écriture inclusive fait couler des rivières d’encre.

L’écriture inclusive, ce n’est pas que le point médian

Mais reprenons depuis le début et précisons : l’écriture inclusive, ce n’est pas que le point médian. Cette chronique est rédigée en écriture inclusive; or vous n’y verrez aucun point médian (mis à part dans le titre, car je suis incapable de résister à un chouette jeu de mots).

L’écriture inclusive est un ensemble de pratiques utilisées depuis une dizaine d’années dans les milieux académiques et communautaires afin de rétablir l’égalité entre le féminin et le masculin dans la langue française.

Elle comprend, entre autres, les formulations neutres (« la clientèle » pour « le client »), les doublets complets (« toutes et tous » plutôt que « tous ») et les fameux signes typographiques marquants l’inclusion, comme le point médian. Le principe étant d’éviter le masculin générique et d’utiliser plutôt des tournures, des mots et des graphies réellement neutres.

Rendre visibles les femmes

L’un des objectifs principaux de l’écriture inclusive est de rendre plus visibles les femmes. Par exemple, lorsqu’on dit : « Les infirmiers sont sous-payés », on passe sous silence le fait que ce sont majoritairement des femmes qui font ce métier. Écrire : « Le personnel infirmier est sous-payé » permet de donner une image plus juste de la situation.

N’en déplaise aux farouches adversaires de l’écriture inclusive, il s’agit-là d’un débat essentiel. La langue définit la manière dont nous pensons et agissons. Des études ont notamment démontré que les femmes renonçaient davantage à répondre à une offre d’emploi lorsque celle-ci était rédigée uniquement au masculin.

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Représenter les minorités de genre

L’écriture inclusive permet également de mieux représenter les minorités de genre. Certains membres de la communauté LGBTQIA+ ont ainsi créé de nouveaux pronoms plus englobants en matière de sexe et de genre, comme le pronom « iel », construit sur les pronoms genrés existants : « il » et « elle ». Ces pronoms conviennent aux personnes dont le genre est fluide, comme les personnes non-binaires.

Les règles de la langue française sont des constructions sociales, des choix politiques.

Je me souviens encore de l’agacement de mon institutrice en 2e primaire, à l’accoutumée très calme et patiente, alors que je lui demande pour la 14e fois de la journée pourquoi le masculin l’emporte sur le féminin. Vingt-cinq plus tard, après moult recherches, j’en arrive toujours à la même conclusion que ce jour-là sur les bancs de l’école : ça ne fait aucun sens.

La règle du masculin qui l’emporte sur le féminin est apparue au 17e siècle, lorsqu’une poignée d’hommes lettrés issus de la bourgeoisie et du clergé ont décidé d’imposer des règles grammaticales et orthographiques arbitraires à un français jusque-là plutôt libre, dans le but avoué d’assoir leur domination et d’écraser les langues régionales.

Il est de temps de renverser la vapeur et de remettre la langue au service des gens, de tous les gens, non?

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